Article paru en 1888 concernant le Magistrat Paul Boyer de Bouillane

Voici un article de journal paru le 29 février 1888 concernant une conférence donnée par Paul Boyer de Bouillane devant le Cercle catholique d’ouvriers (Jounal de Cette, à Sète, France).

Journal de Cette - 29 février 1888Nous avons dit hier que la confé­rence de M. Boyer de Bouillane avait attiré une grande assemblée au Cercle catholique. Sur l’estrade avaient pris place, MM. le chanoine Azaïs, Conge, Catrix, Pailhès, l’abbé Halle, Lemaresquier, etc. M. Azaïs prend la parole pour présenter le conférencier. Il dit que c’est un honneur pour le Cercle de pouvoir entendre la parole de M. de Bouillane qui n’est pas seulement un avocat distingué, mais un apôtre des nobles et grandes causes. Il vient plaider la cause des sociétés chré­tiennes.

Des applaudissements accueillent cette présentation. L’orateur prend la parole. Nous regrettons de ne pouvoir donner le mot à mot de son éloquent discours.

Si j’osais, dit l’orateur, je commen­cerais par remercier l’honorable prêtre qui vient de me présenter à vous en lui exprimant un reproche : celui d’exciter à l’orgueil. Mais, je ne veux me souvenir que d’une chose, c’est que comme lui je veux le bien, et que si j’avais à le présenter à une même assemblée, je n’aurai qu’à ren­verser les rôles en exprimant encore plus d’éloges, et je n’exagérerai rien.

J’ai entendu souvent, vous l’avez entendu vous-même, des esprits cha­grins s’écrier : « Dans quel siècle vi­vons-nous, la décadence est partout ; il suffit de vouloir le bien pour n’être suivi par personne, les échecs se suc­cèdent sans cesse ». C’est une erreur. Je voudrais les amener à la place où je me trouve et leur dirais : regardez cette assemblée, et ayez confiance…

Puis plus loin : Il faut lutter pour amener le bien au sein de notre société, et on ne peut y arriver que par l’association et par l’association chrétienne. Nous savons, il est vrai, que rien n’est parfait sur la terre et que toutes les institutions humaines ne peuvent pas être parfaites non plus… Il y a une question cependant qu’on ne peut pas supprimer et il n’y a qu’à jeter les yeux sur les journaux pour voir partout se dresser le pro­blème de la question sociale. Si nous portons nos regards au-delà des frontières, en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, comme en France, nous voyons partout des luttes fratricides. On annonce qu’une grève vient d’éclater et en même temps cette conclusion obligée : un bataillon vient d’être dirigé dans telle localité. Voilà le problème résolu, mais résolu par l’emploi de la force. Ce n’est pas là, la paix sociale !…

Le blason de Pierre Paul Henri Dominique Boyer de Bouillane.

Le blason de Pierre Paul Henri Dominique Boyer de Bouillane.

Qu’arrive-t-il encore lorsqu’un ac­cident arrive au milieu du travail à un ouvrier ? Le patron n’a d’autre préoccupation que celle d’avoir à indemniser le moins possible et d’au­tre part, l’ouvrier a la volonté, le désir de recevoir le plus possible… Est-ce la justice que tout cela ?… La paix sociale doit exister pour­tant.

Il y a eu des siècles où la paix sociale a régné par cette merveil­leuse maxime de la justice et de la charité… C’est en se rappelant à toute heure du jour que riches et pauvres, patrons et ouvriers sont égaux devant Dieu et frères en Jésus-Christ… Mais il y a des préventions parce qu’on ne se connaît pas assez, parce qu’on s’isole…

Puis l’orateur, après avoir déve­loppé délicieusement cette pensée, a fait une comparaison heureuse en prenant pour exemple les blocs qu’il a vu jetés à profusion devant notre port.

Si l’ouvrier est malheureux, a-t-il ajouté, c’est qu’il s’isole de ceux qui ont les intérêts opposés à défendre, mais associés pour le bien et réunis aux patrons par le ciment de la charité, ils seraient plus heureux et il le démontre. Et en dehors de l’associa­tion chrétienne, dit-il, il ne peut y avoir rien de durable, parce que tou­tes les autres associations ne peuvent avoir que les sentiments de l’égoïsme et de l’intérêt personnel, non ceux de la charité.

Mais pourquoi l’église intervient-elle, dira-t-on ? ajoute l’orateur. 0n pourrait respecter l’église et la laisser de coté. Non, s’écrie le conférencier, c’est le droit de l’église d’intervenir lorsqu’il s’agit du bien de ses enfants. C’est le droit de l’église parce que c’est son devoir, et il suffit d’avoir un devoir pour avoir un droit, car l’église est une mère… L’ouvrier est aimé de Dieu, parce qu’il est ici-bas le continuateur du créateur. Dieu n’a rien fait de complet à dessein : il a fait le fer, mais n’a pas fait une clef, il a donné le bois, mais il n’a pas fait de meuble, il a créé la toison, mais il n’a pas produit de tissus. Et l’église en qualité de mère doit protéger ceux qui sont faibles, ceux qui souffrent. Enfin, Dieu ne s’est pas fait riche, il s’est fait ouvrier…

La question sociale n’est pas née d’hier, poursuit le conférencier, dont nous regrettons de ne pas reproduire fidèlement la magnifique improvisation. On oublie le temps antique pendant lequel l’église seule a travaillé pour l’abolition de l’esclavage, puis pour l’émancipation des hommes pour en arriver aux corporation chrétiennes.

Enfin, dans un magnifique mouvement oratoire, plein d’émotion, l’orateur dit que lorsque patron et ouvriers se sont agenouillés devant le même Dieu, côte a côte, il est impossible qu’ils ne puissent pas s’estimer l’un et l’autre. Prenons au passé ce que le passé a de bon, et parce que quelques branches d’un arbre sont pourries, ne coupons pas l’arbre tout entier. On a détruit les corporations chrétiennes parce qu’on voulait faire naître l’isolement, isolement qui est devenu funeste à nos sociétés contemporaines.

Rétablissons-les, dit-il, en les appropriant aux idées, aux besoins de nos jours ; associons-nous donc, unissons-nous, que patrons et ouvriers par une fréquentation journalière deviennent des frères ! Tel est le but poursuivi par les Cercles Catholiques.

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À propos de Guy Boulianne

Guy Boulianne, auteur et éditeur. Ce dernier a réalisé une Quête personnelle, historique, généalogique et symbolique. Il en dévoilera prochainement la teneur dans la rédaction d'ouvrages à paraître.

Publié le 17 juin 2016, dans La famille, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

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